uploded_b067a3df95dfa33811f606eb148da7a8_sipa_00701149_000007Le traumatisme psychique

Suite aux attentats du 11 janvier et du 13 novembre 2015 en France, les médias ont employé des termes multiples pour qualifier l’horreur éprouvée par les personnes impliquées directement ou indirectement dans l’événement.

Dans un souci de clarification, au travers d’une série d’articles consacrée à la question du traumatisme, nous tenterons de définir l’usage des termes : « victime » et « traumatisme psychologique ».

Être victime d’un événement traumatique

Dans son ouvrage De l’effraction du lien intersubjectif à la restauration sociale (2001), R. Cario donne une première définition du terme « victime » :

« Doit être considérée comme victime toute personne en souffrance(s).

De telles souffrances doivent être :

  • – Personnelles (victimisation directe ou indirecte ; individuelle ou collective ; personne physique ou morale) ;
  • – Réelles (i.e. se traduire par des blessures corporelles, des traumatismes psychiques ou psychologiques et/ou des dommages matériels avérés) ;
  • – Socialement reconnues comme inacceptables (transgression d’une valeur sociale essentielle ; événement catastrophique) ;
  • – Et de nature à justifier une prise en charge des personnes concernées, passant, selon les cas, par la nomination de l’acte ou de l’événement (par l’autorité judiciaire, administrative, sanitaire ou civile), par des soins médicaux, psychothérapeutiques, un accompagnement psychologique, social et/ou une indemnisation ».

A partir de quel moment l’événement violent génère-t-il un traumatisme psychique chez la victime ?

Soulignons que ce n’est pas seulement la nature de l’événement qui va induire un déséquilibre psychologique chez la personne, mais plutôt la confrontation avec le réel de la mort au cours de cet événement (Lebigot, Traiter les traumatismes psychiques, 2005).

En effet, l’image de la mort n’a pas de représentation dans la psyché de l’individu, S. Freud (Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, 1915) évoque le fait que l’être humain sait qu’il va mourir sans pour autant y adhérer psychologiquement, c’est-à-dire en le niant et en se croyant immortel devant l’adversité de la vie. Ainsi, le réel de la mort nous est inconnu jusqu’à l’effraction d’un événement traumatique qui vient remettre en question nos assises psychologiques.

Le retentissement psychique d’un événement traumatique

Tous les individus ne réagissent pas de la même manière devant l’expérience d’une morte imminente. Malgré la difficulté à se représenter le réel de la mort, chacun tente de se construire un ensemble de représentations qui viendra combler le vide laissé par la violence objective de la situation.

a) Lebigot décrit trois types de circonstances où l’image de la mort envahit notre pensée :
  • – La vie de la personne est directement menacée, il a la certitude qu’il va mourir
  • – Le réel de la mort est perçu à travers la mort d’un autre individu
  • – La mort de l’autre est préparée mais le réel de la mort n’était pas suffisamment anticipé
b) Dans son article « Victime et traumatisme », C. Damiani décrit à son tour différents degrés d’implication de la victime :
  • – La personne est impliquée directement dans un événement qui la confronte au réel de la mort, au moment des faits, ou juste après celui-ci.
  • – La personne est impliquée indirectement, elle n’est pas présente sur les lieux de l’événement, mais elle est touchée et profondément bouleversée par ses conséquences (les proches). Si la victime directe décède à la suite de cet événement, le deuil des victimes indirectes pourra prendre une valeur traumatique.
  • – La personne qui est présente au cours de l’événement traumatique et qui perd un proche, générant ainsi un deuil post-traumatique.

Sortir du choc émotionnel

La valeur traumatique d’un événement se cristallise durablement lorsque la rencontre avec le réel de la mort n’est pas médiatisé par le langage, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a pas de possibilité d’exprimer sa douleur psychologique.

Pour sortir du choc anim1émotionnel, il est nécessaire d’être accompagné et soutenu psychologiquement, la rencontre avec un psychologue permet, dans un premier temps, de libérer un espace d’écoute et de confiance afin d’offrir à la victime la possibilité de se reconstruire psychologiquement et de retrouver des repères stables.

La mise en place d’un cadre contenant et sécurisant est la condition essentielle pour installer les bases solides d’une prise en charge psychologique. Une fois ce dispositif en place, il est possible d’organiser le suivi de la victime autour de la verbalisation des faits, des pensées et des émotions de la personne en souffrance.

A propos de l’auteur de cet article

Olivier BEUZON, psychologue et psychothérapeute à Villeurbanne et Lyon. Son cabinet de psychologie se situe cours Tolstoï, à deux pas du 3ème et du 6ème arrondissement de Lyon. Il reçoit en consultation individuelle des adolescents et des adultes.