Qu’est ce que la dépression ?

La dépression est un mal de vivre contemporain qui touche l’individu dans son corps et dans sa psyché. La dépression fige, émeut, pèse, enferme, elle emprisonne et empêche d’envisager une quelconque issue. Nous sommes tous susceptibles d’être confrontés à un tel vécu douloureux : décès d’une personne proche, séparation amoureuse, échec professionnel, maladie, vieillesse, accident, autant de situations qui nous confrontent à la douleur de la perte.

Et pourtant, doit-on qualifier ce mal-être de dépression pathologique ?

La déprime passagère 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les expériences de perte et de séparation sont des expériences normales qui forgent notre expérience de vie. Dans chaque existence humaine, la dépression est inhérente à la vie psychique, elle nous permet de réguler et de rythmer les inévitables aléas de notre psyché. Ces situations désagréables mobilisent en nous des ressources nouvelles et nous invitent progressivement à reconstruire ce qui a été perdu.

Il est plus approprié, dans ces cas précis, de parler de « dépressivité », de déprime ou de « coup de blues ». Ce travail de deuil est un processus psychologique normal, plus ou moins long selon les individus, qui, malgré les effets indésirables qui l’accompagnent, permet de ressortir un peu plus fort. Pleurer la personne disparue, se remémorer des souvenirs et partager sa douleur avec autrui participent d’un effort d’acceptation de la perte.

Ainsi, les variations d’humeur, les sensations de tristesse et de vide, appartiennent à la capacité dépressive normale de l’être humain. Toute personne déprimée n’est donc pas dépressive.

Doit-on engager une psychothérapie pour traiter une déprime passagère ?

Lorsqu’un état de mal-être très intense est en jeu, qu’un processus de deuil ou de séparation est trop difficile pour être supporté seul, une aide psychothérapeutique est éventuellement envisageable. Le psychologue formé à la psychothérapie pourra alors aider la personne à mobiliser ses ressources internes afin de soulager cet état dépressif passager.

Bien souvent, quelques séances de psychothérapie suffisent à retrouver un équilibre psychologique avec une diminution progressive des sensations de tristesse et de vide. A l’horizon d’une déprime passagère se dessine toujours une expérience de perte nécessaire, suivi d’un sentiment de renouveau libérateur.


La dépression

Comme nous l’avons présenté ci-dessus, l’expérience dépressive est inhérente à la vie psychique, elle permet de réguler nos humeurs et nous prépare aux aléas de l’existence humaine.

La dépression comme processus pathologique est différente, car elle épuise la personne touchée en la vidant de son élan vital. Dans cette situation spécifique, la douleur psychologique persiste et réorganise durablement la personnalité de l’individu déprimé, favorisant ainsi l’apparition d’un état somatique et psychologique caractéristique de la dépression pathologique.

Nos sociétés postmodernes connaissent elles aussi leurs lots de « dépression ». Par exemple, en économie, une dépression correspond à une forme grave de crise économique, générant une diminution importante de la productivité et de la consommation avec un ralentissement général de la croissance.

Les symptômes de la dépression

La dépression pathologique chez l’être humain se caractérise elle aussi par :

  • Un ralentissement physique et psychologique.
  • Une baisse progressive de l’intérêt pour soi et pour les autres.
  • La présence de sentiments d’abattement, d’ennui et de dégoût.
  • Une apathie généralisée devant les exigences du quotidien.
  • Des troubles du sommeil.
  • Des troubles alimentaires.
  • Des sensations d’épuisement, des malaises et d’autres expressions somatiques.

 

Dans les systèmes de classification en psychiatrie, nous retrouvons la dépression sous différentes appellations telles que : Episode dépressif ; Trouble dépressif ; Troubles de l’humeur ; Trouble cyclothymique ; Trouble dysphorique.

Ces symptômes ne doivent pas être négligés et nécessitent de rencontrer un ou plusieurs professionnels qualifiés (psychologue, psychiatre, médecin généraliste) qui pourront saisir, au fil des entretiens, la complexité et la singularité du fonctionnement psychique de la personne déprimée.

En parallèle d’un suivi de psychothérapie engagé auprès d’un psychologue, il est recommandé d’organiser un suivi médical auprès de son médecin ou d’un psychiatre, assorti si besoin d’une prescription médicamenteuse ajustée, rendant possible l’amorce d’un travail de soin.


Comment traiter la dépression ?

La psychothérapie de la dépression a pour objectif de restaurer chez la personne déprimée les conditions psychiques qui permettront progressivement de surmonter le désespoir qui l’immobilise.

Exprimer son vécu

Parfois, le silence qui entoure le vécu dépressif signe l’échec de la parole et empêche la personne de donner un sens à la perte qu’elle vient de subir.

“L’acceptation de la perte est riche d’hypothèses, elle ne réussit que lorsque, de quelques manières, il existe un espace qui permet de situer un au-delà de la perte ; lorsqu’il existe un cadre qui délimite la douleur et la rend en même temps exprimable. L’acceptation de la perte est aussi liée à l’expression d’expériences de séparations, donc à la possibilité de communiquer la douleur et ainsi de s’en distancer par le langage” (Joachim Küchenhoff, PERTE, CHAGRIN ET PARDON DANS LA DÉPRESSION : UNE APPROCHE PSYCHODYNAMIQUE, 2013).

Comprendre, élaborer et apprendre de soi

Pendant la psychothérapie, le psychologue ne doit pas sous-estimer les sentiments dépressifs du patient. Il doit en outre offrir la possibilité de partager librement son vécu, cela dans le but de l’organiser et de l’élaborer. Ainsi, le psychologue reste attentif aux besoins de la personne déprimée, apportant une sécurité de base, un appui suffisamment contenant et structurant.

Entreprendre une psychothérapie, c’est rendre tolérable la souffrance de manquer, de ne pas être aimé, de ne pas réaliser ses rêves, d’être confronté au temps qui passe et aux limites inhérentes à notre condition humaine. Entreprendre un travail psychologique sur la notion de perte, c’est donc se questionner sur son identité et sur la place que nous occupons dans le monde.

Auteur : Olivier BEUZON Psychologue, psychothérapeute – Cabinet de psychologie 56 boulevard St-Aignan, NANTES.